mardi 23 juin 2009

Le Jeu du Casting

Une des parties intéressantes du travail de dessinateur de BD est la création de personnages. Comme ces personnages sont destinés à être répétés sur plusieurs cases, à vivre et à jouer, il s’agit beaucoup d’un travail de casting, comme au théâtre ou au cinéma. J’ai moi-même joué au théâtre, comme bien d’autres, lorsque j’étais étudiant. Je crois que j’étais assez mauvais acteur, mais j’en ai tout de même gardé quelque chose dans ma bande dessinée.

Dans le cas d’une adaptation, comme l’Amérique ou le Disparu, le point de départ des personnages est déjà dans le roman. Mais les descriptions sont parfois assez vagues et laissent place à l’interprétation, donnant une grande liberté au dessinateur.

On peut s’inspirer de tout et de rien quand on crée un personnage : célébrités, connaissances personnelles, visages anonyme, etc. C’est un processus quasi inconscient : un visage, un type physique nous apparaît et commence à vivre quand on le met sur le papier. D’ailleurs, même si je fais généralement des croquis préparatoires pour les personnages importants, ce n’est que lorsqu’ils sont introduits dans la BD qu’ils prennent leur identité définitive.

Je me suis amusé à trouver des ressemblances aux principaux personnages de mon album. Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas de modèles, tout au plus de sources d’inspiration, parfois assez lointaines. Dans bien des cas, même, je n’ai trouvé la ressemblance qu’après coup.


J’avais déjà noté une parenté au chapitre I entre l’oncle Jacob et Charlie Chaplin, non sous les traits du tramp, mais dans des personnages postérieurs, comme dans Limelight ou Monsieur Verdoux.



Pour rester dans une veine chaplinesque, le personnage du chauffeur (toujours dans le chapitre I), avec son physique d’ours grizzly, me rappelle les taupins de comédie du cinéma muet, dont l’exemple le plus typique serait Mack Swain, qui tenait dans The Gold Rush le rôle de Big Jim McKay. Il aurait aussi un petit côté Bluto, dans Popeye.


La plupart de mes références cinématographiques sont assez archaïques, allez savoir pourquoi, peut-être parce qu’elles sont ancrées plus profondément dans ma mémoire, peut-être aussi parce que le cadre de mon récit se situe au début du siècle dernier.


J’ai ainsi trouvé une ressemblance entre M.Pollunder et l’acteur anglais Robert Morley (1908 -1992).

Pour sa fille Clara, beauté pétillante, superficielle, capricieuse et insupportable, les exemples ne manquent pas, surtout dans le showbiz. J’ai songé à une autre Clara, Clara Bow, la "It" girl du cinéma américain des années 20. Plus près de nous, il y aurait peut-être Britney Spears. Et Errol Flynn dans le rôle de Mack, son fiancé, fils de millionnaire oisif et athlétique.



Le personnage de Green aurait peut-être quelque chose de Robert deNiro. De loin, avec une moustache et de grandes oreilles en plus.


Pour Robinson, une image s’est imposée à moi, celle d’un ami de longue date dont j’ai perdu la trace depuis des années. Je n’ai pas de photo. Pour son compère Delamarche, peut-être un jeune Jean-Paul Belmondo, avec son air de Français canaille et un peu baveux.


Grete Mitelsbach, la cuisinière en chef, me ferait penser à Marianne Sägebrecht, la grosse Allemande du film Bagdad Café. Avec une touche de Pauline Marois. Pour Thérèse, aucune vedette connue ne me vient à l’esprit, mais il me semble avoir vu plein de filles qui lui ressemblaient. Il y aurait peut-être une de mes anciennes étudiantes, elle se reconnaîtra peut-être. Quant à Rennell, le groom noceur, il est inspiré d’un autre de mes amis, mort en 1980.


M.Isbary, gérant de l’hôtel, serait une sorte de croisement entre Bela Lugosi et Kevin Spacey.


Féodor, le portier en chef, est un être assez répugnant, un ogre, qui n’a pas grand-chose d’humain. Aussi, il n’est pas étonnant que je lui trouve des ressemblances avec des personnages dessinés plutôt que des personnes réelles. Il aurait, Dieu sait pourquoi, des affinités avec l’illustre Red Ketchup et plus encore avec le père de celui-ci, l’immonde Stanislas Kecziupelski, dit Stanley Ketchup.



Il me reste à concevoir les personnages des derniers chapitres de l’album, dont, en particulier, Brunelda et l’étudiant.

Brunelda est une cantatrice divorcée, qui vit avec son amant Delamarche et son valet Robinson dans un petit logement bordélique au dernier étage d’un tenement house des faubourgs. Karl se verra forcé de se réfugier chez elle après avoir été renvoyé de l’hôtel. C’est une femme corpulente (elle deviendra éventuellement énorme), comme le sont bon nombre de chanteuses d’opéra et comme la cuisinière en chef, mais elle est loin d’être aussi aimable que cette dernière. Brunelda est une diva au caractère exécrable (une «grosse vache», aux dires de Robinson), capricieuse, colérique, grotesque mais néanmoins sexy, avec une certaine classe malgré tout. Enfin, c’est ainsi que je la vois. Si elle n’était qu’une grosse vache, elle serait nettement moins intéressante.

Je n’ai plus qu’à lui trouver un visage, en faisant se recouper des sources d’inspiration très diverses. J’ai commencé par ramasser quelques photos de célèbres cantatrices.

Les chanteuses d’opéra ne se ressemblent pas toutes, bien entendu. En fait, contrairement à ce que beaucoup croient, elles ne sont même pas toujours grosses. Dans la sélection ci-dessus, on reconnaît, dans l’ordre habituel, Maria Callas, Renata Tebaldi, qui n’ont pas l’air commode mais sont tout de même assez jolies Montserrat Caballé et Joan Sutherland, qui le sont un peu moins, Bianca Castafiore, Birgit Nilsson et Florence Foster Jenkins, personnage assez particulier dont j’ignorais jusqu’ici l’existence. Contrairement aux précédentes, qui étaient de véritables artistes, elle a fait carrière grâce à une prodigieuse absence de talent. Son interprétation de La Reine de la Nuit est particulièrement saisissante.


En cherchant ailleurs des sources d’inspiration pour le personnage de Brunelda, j’ai retenu celui de Pearl, tiré de mon album Red Ketchup contre Elvis Presley (à paraître aux éditions de la Pastèque). Il ne fait aucun doute qu’elle a des points communs avec Brunelda.


J’ai également cherché des photos de la Saraghina.

Dans le film Huit et demi de Fellini, la Saraghina est une pute à moitié folle qui vit dans un bunker abandonné sur la plage et qui fait fantasmer les petits garçons avec son numéro de rumba (allez voir l’extrait sur Youtube, c’est quelque chose).

En fait, Brunelda est un personnage tout à fait fellinien. C’est peut-être à cause d’elle que le cinéaste songeait à adapter L’Amérique au cinéma. Il ne l’a jamais fait, mais ce projet a servi de point de départ à son auto-portrait cinématographique Intervista, qui le montre en train de tourner l’Amérique.



L’appartement voisin de celui de Brunelda est habité par un étudiant qui travaille de jour dans un magasin et poursuit de nuit des études sans fin. Il échange avec Karl des propos désabusés sur l’inutilité de l’existence. Ils deviendront néanmoins d’excellents amis.

Pour le casting de l’étudiant, une idée s’est imposée à moi comme une évidence : j’ai choisi de le représenter sous les traits de Franz Kafka lui-même. Je crois que c’est tout à fait approprié.


Et Karl ? De qui me suis-je inspiré pour le personnage principal ?

Je ne sais pas exactement, mais, curieusement et même si ce n’était pas planifié au départ, je me reconnais parfois en lui quand j’étais adolescent.



dimanche 14 juin 2009

Organisation

Les quatre pages du Nouvel Avocat sont presque terminées. Elles ont été particulièrement longues à réaliser. Comme les cours ne reprennent qu’en septembre et que je n’ai pas d’autre travail de prévu pour l’instant, je suis en principe en vacances pour tout l’été, à moins qu’un contrat d’illustration ne me tombe dessus inopinément, contrat que je ne refuserais certainement pas (avis aux intéressés).
Je vais donc me remettre très bientôt à mon album, en essayant d’en faire le plus possible au cours des prochaines semaines, tout en complétant les travaux de rénovation de ma maison, travaux qui ont été entrepris à peu près en même temps que L’Amérique ou le Disparu. Le terme de «vacances» n’est peut-être pas vraiment approprié : c’est un programme passablement chargé. Je dois atteindre mes objectifs tout en faisant en sorte le plus possible d’être heureux et bien portant, ainsi que les personnes de mon entourage (dans la mesure où j’y peux quelque chose).
Le tout, c’est de savoir s’organiser, de gérer son temps de manière utile et efficace. Dans ce but, j’ai préparé un petit tableau indiquant la répartition des heures consacrées à mes différentes activités, à l'intérieur d'une semaine.

Sommeil (et autres activités se déroulant dans un lit) .....56
Tâches ménagères (vaisselle, cuisine, lavage, ménage) ...18
Repas ...........................................................................12
Soins corporels ............................................................. 4
Exercice physique ..........................................................10
Promenade du chien ........................................................3
Entretien de la pelouse et jardinage ..................................3
Entretien de la piscine .................................................... 1
Lecture ............................................................................7
Télévision ........................................................................6
Courriel ............................................................................2
Rédaction du blog .............................................................3
Mise en ordre de mon atelier .............................................3
Administration..................................................................2
Méditation ........................................................................2
Conception de mon futur site web .....................................5
Sorties, visites...................................................................8
Emplettes ..........................................................................8
Conversations téléphoniques ............................................ 1
Rénovation de la maison ..................................................30
Travail sur l’album .........................................................35


Avec un peu de discipline, ça devrait fonctionner, à condition qu’il n’y ait pas d’imprévus.

Comme par exemple le fait de ne pas savoir compter.

dimanche 7 juin 2009

Intermède : Le Nouvel Avocat

Tel un Jean de la Fontaine moderne, Franz Kafka a écrit plusieurs récits animaliers, où l’on trouve entre autres une coquerelle géante, une souris cantatrice, un singe érudit, des

chacals parlants, une taupe claustrophobe et un cheval avocat.

Le cheval en question n’est nul autre que Bucéphale, ancien cheval de bataille d’Alexandre le Grand, toujours vivant après plus de vingt-deux siècles, qui a délaissé la fureur des combats pour endosser la toge de l’avocat et se consacrer dans le calme à l’étude des livres de Droit.

Il s’agit d’un très court texte – à peine deux pages – que j’ai décidé d’adapter, d’abord parce que je le trouvais fascinant, ensuite pour remplir une promesse que je m’étais faite à moi-même, ainsi qu’à Stanley Wany, éditeur du magazine Trip dans lequel la BD devrait paraître en septembre.

En fait, j’avais fait l’adaptation, le scénario et les esquisses il y a deux ans, dans le cadre d’un cours que je donnais à l’UQO, et je n’aime pas laisser traîner des projets au fond d’un tiroir.



La scène se passe dans le hall d’un Palais de Justice intemporel, aux allures de musée. Pour me documenter, je me suis donc replongé brièvement, comme Bucéphale dans les livres de Droit, dans l’étude de l’Antiquité classique, de l’architecture, de la sculpture et de l’art équestre.



Je cite notamment dans la BD une célèbre mosaïque trouvée à Pompéi et représentant Alexandre à la bataille d’Issos (333 avant J.C.).

Pour dessiner les quatre pages du Nouvel Avocat, j’ai dû évidemment mettre momentanément de côté L’Amérique ou le Disparu. Mais ça n’est pas perdu : je pourrai toujours les inclure comme prologue à l’album. Il n’y a pas vraiment de rapport entre les deux histoires, sauf que :

- il s’agit dans les deux cas d’une adaptation d’un texte de Kafka.

- le personnage principal de L’Amérique se nomme Karl Rossmann. En allemand, «Rossmann» signifie «Homme-cheval».

- dans le hall du Palais de Justice, on aperçoit une statue de la Liberté tenant une épée au lieu d’un flambeau, tout comme à la première page de L’Amérique.



dimanche 31 mai 2009

Un Procès

La majeure partie du chapitre VI se déroule dans le bureau du gérant de l’hôtel et prend plus ou moins la forme d’une pièce de théâtre, dans laquelle se déroule un procès, un procès d’un genre particulier où l’accusé est reconnu coupable avant même d’avoir été jugé et qui ne sert qu’à l’accabler davantage.


Les acteurs du procès :


L’accusé : Karl Rossmann, groom d’ascenseur.

Au fond, Karl n’a rien à se reprocher, si ce n’est d’avoir momentanément quitté son poste pour tenter de régler le problème causé par l’ébriété de Robinson. Il doit donc payer pour les frasques d’un autre. L’accusation est injustifiée et le motif est futile, mais peu importe.

On a dit que Kafka était terrifié par l’autorité. Dans son monde, on est toujours accusé, quoi qu’on fasse. Dans son autre roman, «Le Procès», le motif de l’accusation est réduit à rien, une simple inconnue. On ignorera jusqu’à la fin de quoi le héros est accusé. Il est accusé, voilà tout.

Karl comprendra bien vite qu’il ne lui sert à rien de chercher à se justifier dans cette cause entendue à l’avance et que tout ce qu’il pourra dire se retournera contre lui. Il utilise donc le dernier privilège qu’il lui reste, celui de garder le silence.


Le juge : M. Isbary, gérant de l’hôtel Occidental.

Le gérant n’a rien contre Karl au départ. Mais c’est un homme stressé et surmené, qui tient par-dessus tout à ce que rien n’entrave le bon fonctionnement de l’hôtel. Il veut régler l’affaire rapidement. De toute façon, il a décidé dès le début que Karl devait être congédié.


Le procureur : Féodor, portier en chef.

Contrairement au gérant, il déteste Karl, chose que ce dernier ignorait totalement auparavant.

Non content de l’accuser de négligence, il accumule contre lui faussetés et demi-vérités, pour tenter de brosser de lui un portrait aussi noir que possible et de le présenter comme un noceur, un escroc, un voleur, un gibier de potence. Dès l’instant où Karl est pris en faute, il perd toute crédibilité et on peut l’accuser de n’importe quoi.

De plus, le portier est une brute sadique et un véritable nazi. À la fin du chapitre, le procureur se changera en bourreau et cherchera à s’en prendre physiquement à Karl.



Le témoin de l’accusation : Best, groom en chef.

Ce gros garçon à l’air bonasse n’a apparemment rien contre Karl. Il se contente de rapporter les faits, lesquels serviront éventuellement à aggraver l’accusation, comme il se doit.


La défense : Grete Mitelsbach, cuisinière en chef ; Thérèse Berchtold, secrétaire de la cuisinière en chef et amie de l’accusé.

Les deux femmes ont gardé toute leur sympathie pour Karl, mais ne peuvent pas grand-chose pour lui. D’ailleurs, la cuisinière en chef n’est même pas convaincue de l’innocence de son protégé. Le fait que le gérant Isbary soit épris d’elle ne suffit pas à faire pencher la balance en faveur de Karl. La cuisinière en chef cherchera néanmoins à lui venir en aide après qu’il soit congédié.

Quant à Thérèse, probablement convaincue pour sa part de l’innocence de Karl, elle intervient pour tenter d’empêcher le portier de le brutaliser. Mais, dès l’instant où elle se met à pleurer, elle ne lui est plus d’aucun secours.

dimanche 17 mai 2009

Retour à la réalité

Tout le monde aura compris que ce que j’écrivais dans le précédent message, c’était de la blague, une substitution du désir à la réalité. Enfin, presque tout. Il y avait deux ou trois choses de vraies, je vous laisse deviner lesquelles.

Je n’ai pas terminé le chapitre VI, loin de là. Tout ce que je suis arrivé à faire depuis mon dernier compte-rendu, c’est deux pages crayonnées et une page encrée. Non par manque de motivation, mais par manque de temps.

C’est bien peu. Il faudra que je trouve le moyen d’accélérer. Je me suis fixé comme objectif de sortir l’album à l’automne 2010. C’est extrêmement optimiste comme prévision, mais c’est faisable.



dimanche 3 mai 2009

Une excellente semaine

Les choses débloquent : j’ai complètement terminé le chapitre VI. Je vois enfin la lumière au bout du tunnel. C’est plus qu’une lumière, c’est presque une illumination. Sans pouvoir expliquer comment ni pourquoi, j’ai trouvé en moi-même une nouvelle énergie, une nouvelle façon de dessiner, ultra-rapide et efficace, où le doute et les tâtonnements n’ont plus leur place. Le changement est radical et pourtant, il n’y a pas de rupture apparente dans le produit fini. Le style est exactement le même qu’au début de l’album, mais en mieux.

J’ai entamé le découpage et les esquisses du chapitre VII, le plus long. De ce côté-là aussi, les choses marchent rondement. À ce rythme, j’aurai fini l’album au complet sans problème au cours de l’été. J’en ai parlé à mon éditeur et nous envisageons sérieusement une sortie pour l’automne, à temps pour le Salon du Livre. Il m’a fait parvenir un premier chèque d’avances sur royautés.

Du côté anglais, c’est presque réglé. L’éditeur est enthousiaste et m’a fait une proposition très intéressante, avec un montant substantiel dès la signature du contrat. Il est question d’un tirage initial de 125 000, peut-être plus.

Ces sommes me permettront d’embaucher une équipe pour terminer les rénovations de ma maison, qui traînent en longueur depuis trop longtemps déjà. J’aurai ainsi plus de temps pour dessiner. Je pourrai aussi payer un assistant pour numériser les planches et appliquer les tons de gris selon mes indications. Si quelqu’un est intéressé, il n’a qu’à me contacter à l’adresse : realgodbout@hotmail.com.

Autre bonne nouvelle, qui m’a pris complètement par surprise : j’ai reçu une proposition très sérieuse pour une édition en allemand. Incroyable l’effet que peut avoir un simple blog. C’est comme lancer une bouteille à la mer et voir peu après apparaître à l’horizon un transatlantique.

Je suis très curieux de voir ce que ça pourra donner dans la langue de Kafka. Je ne lis pas l’allemand, et le parle encore moins. Mon scénario est tiré du roman tel que je le connais dans la traduction d’Alexandre Vialatte. Or, si le roman original, qui appartient au domaine public, est libre de droits, ce n’est pas le cas pour la traduction. C’est ce qui explique, entre autres raisons, pourquoi j’ai choisi dans mon adaptation de m’écarter du texte, tout en respectant l’essentiel du récit. Je pourrais utiliser les mots de Kafka, mais pas ceux du traducteur.

L’éditeur allemand m’invite à le rencontrer lors de la prochaine Foire Internationale du Livre de Francfort. J’en profiterai pour aller faire un tour du côté de Prague me recueillir sur la tombe de Kafka.

On ne dira jamais assez à quel point le succès et l’indépendance financière favorisent la liberté créatrice. Je n’ai rien à faire du mythe de l’artiste maudit, créant des chefs-d’œuvre dans l’anonymat et le dénuement. Il y a eu, bien sûr, quelques Van Gogh, mais ce sont des exceptions rarissimes.

J’ai commencé à songer à mon prochain album. C’est un projet ambitieux, une histoire totalement inédite qui me passionne déjà. Les idées fusent, c’est à peine si j’ai le temps de les noter. Hier, je me suis installé à l’ordinateur pour jeter les bases du scénario. Sans même m’en apercevoir, j’ai écrit sans arrêt pendant huit heures.

C’est à ce moment-là que je me suis réveillé.