mardi 12 octobre 2010

Qu'est-ce qui ne va pas dans ce dessin ?

La première case de la page 112 montre un déménagement pénible, particulièrement pour ce pauvre Robinson, qui doit se taper seul tout le travail.

À moi aussi, la case a demandé passablement de travail. Pas autant qu’à Robinson, mais tout de même. Or, après avoir terminé le crayonné, dans lequel j’ai porté une grande attention aux détails et à la perspective, j’ai constaté que quelque chose n’allait pas avec le dessin. La pente de l’escalier n’est pas assez prononcée ! La chose peut paraître sans importance, mais elle me dérange beaucoup. Il ne s’agit pas d’un souci d’exactitude ou de vraisemblance. Contrairement à ce que certains pourraient croire, ce sont des considérations sans importance pour moi. Je ne suis pas un dessinateur réaliste.

Tout est une question d’effet. Ici, l’effet recherché vise à montrer à quel point l’ascension est pénible pour Robinson. Si la pente de l’escalier n’est pas assez raide, l’effet est atténué et on a presque l’impression qu’il s’agit pour lui d’une promenade.

Il me faut donc corriger, mais comment ? Je n’ai aucune envie de redessiner la case au complet, elle m’a déjà pris assez de temps. La vie est courte et je n’ai pas que ça à faire.

Par contre, reprendre uniquement la partie fautive est une opération assez délicate, quasi chirurgicale. J’ai donc effectué un petit test sur Photoshop. Le résultat est assez grossier, mais il semble que ça fonctionne.


mercredi 22 septembre 2010

Broderies

Ayant tout juste complété le découpage préliminaire des deux derniers chapitres, je puis d’ores et déjà affirmer que L’Amérique ou le Disparu comptera précisément 158 pages (sans compter les entêtes de chapitres et autres suppléments). J’aurais aimé produire un album de 600 pages, mais ce sera pour une autre fois. Peut-être.

Même si le scénario était écrit depuis un bout de temps et le nombre de cases déjà fixé, il m’était impossible de déterminer la pagination exacte avant d’avoir procédé à ce découpage préliminaire.

À propos de scénario, le travail d’adaptation pour l’écriture des derniers chapitres posait un problème particulier, dû au fait que l’auteur n’a jamais terminé son roman. Avant de mourir, Kafka, qui avait très peu publié de son vivant, a confié à son ami, l’écrivain Max Brod, le soin de brûler tous ses manuscrits inédits, chose que ce dernier n’a jamais faite, heureusement d’ailleurs.


En fouillant dans les papiers du défunt, Brod a notamment exhumé Le Procès et Le Château, ainsi qu’un roman antérieur, dont seul le premier chapitre avait été publié, auquel il a donné le titre Amerika (l’autre titre, Der Verschollene Le Disparu, figurait dans les notes de Kafka).

L’édition établie par Max Brod comporte huit chapitres. Le hic, c’est qu’on y trouve en plus trois fragments non classés, qui font en tout une trentaine de pages. Le premier, où Karl se retrouve domestique de Brunelda, peut aisément se placer directement à la suite du chapitre 7. Un autre extrait, qu’on peut placer à la fin du chapitre 8, peut constituer une conclusion satisfaisante pour le roman, même si celui-ci reste inachevé.

Le troisième fragment, qui se situe quelque part entre les deux autres, et que Brod a intitulé Le Départ de Brunelda, est plus problématique. Il ne suffit pas à combler le vide important dans le récit entre les chapitres 7 et 8. Dans cet extrait, Delamarche et Robinson, on ne sait pourquoi ni comment, ont disparu du décor et sont allés se faire pendre ailleurs. Quant à Karl, on le voit mener Brunelda, devenue éléphantesque, vers un endroit énigmatique appelé Entreprise 25. Aucune explication, aucun mode d’emploi pour le scénariste.

J’ai d’abord songé à faire intervenir dans la BD Max Brod en personne, s’adressant directement au lecteur en lui disant : «Voilà : il y a un trou dans le récit, ici on ne sait pas ce qui se passe parce que l’auteur n’a pas fini son roman».

Cependant, cette idée de «supprimer le quatrième mur», procédé d’ailleurs assez répandu, me plaisait plus ou moins. J’ai choisi plutôt, au risque de passer pour sacrilège, de combler les vides et de reconstituer les chaînons manquants d’une façon aussi discrète et naturelle que possible. À défaut de Brod, j’ai brodé un peu ...

J’ai donc réuni deux des trois fragments, avec quelques ajouts de mon cru, pour créer un nouveau chapitre 8, intitulé simplement Brunelda. J’ai placé l’autre fragment à la fin du dernier chapitre, Le Théâtre de la Nature d’Oklahoma, qui devient donc le chapitre 9.

Ce qui arrive ensuite est une autre histoire.

vendredi 17 septembre 2010

Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées ...

Quelqu’un me faisait remarquer que le domestique dans le dessin ressemblait à Hergé. Curieusement, son uniforme est très semblable à celui que porte Nestor dans les aventures de Tintin, du même Hergé, tout comme l’uniforme de groom porté par Karl dans les chapitres précédents rappelait celui de Spirou. Par ailleurs, l’autre personnage, le richissime ex-mari de Brunelda, pourrait rappeler feu Pierre Péladeau, lui aussi richissime.

Dans chaque cas, toute ressemblance avec une personne vivante ou décédée est fortuite et ne pourrait être que le fruit du hasard.



mardi 7 septembre 2010

Nocturne

La nuit tombe sur le faubourg ...

Je ne suis pas mécontent de cette scène. J’ai parfois tendance à hésiter devant les masses noires et le clair-obscur. Lorsque je parviens à placer beaucoup de noir dans une case tout en conservant la clarté du dessin et la lisibilité, j’en éprouve une vive satisfaction.

Par ailleurs, j’aime bien ce procédé narratif qui consiste à faire parler les personnages en voix off en montrant une vue d’ensemble du décor. Ça permet de ponctuer et de briser la monotonie d’une longue scène de dialogue et ça donne de l’ambiance. Ici, il n’y a pas de lien direct entre le texte et l’image, sauf que celle-ci fait écho au mot « ailleurs ».

Ouais ... Les cours à l’Université recommencent demain. Faut bien que je m’y remette un peu.

lundi 30 août 2010

Restauration II

Pour mon exposition rétrospective à la galerie de l’UQO en octobre prochain, j’ai prévu une section vidéo présentant quelques cases et illustrations particulièrement élaborées que j’ai réalisées au cours de mes quarante ans de carrière. J’ai storyboardé chaque image pour en montrer tous les détails en animatique (c’est mon fils Robin qui se chargera de la réalisation).

On y verra bien sûr quelques extraits de l’Amérique ou le Disparu, mais aussi entre autres choses la case-planche « Où est Red ? », extraite de « L’Oiseau aux 7 Surfaces », sixième album de la série Red Ketchup, case dans laquelle notre sympathique héros sème la pagaille dans une rue de Tokyo, bousculant au passage une procession shintoïste. Pour les besoins de la présentation à l’écran, j’ai restauré la page sur Photoshop. La coloration d’origine avait été faite d’une façon inhabituelle : le dessin en noir était reproduit sur un film transparent, à l’endos duquel les couleurs étaient appliquées à l’acrylique. Les retouches numériques doivent être assez subtiles, de façon à préserver, tout en l’améliorant, l’aspect original. Je montre ici un extrait, après et avant le travail. Pour voir la chose au complet, il faut aller voir l’exposition. Ou attendre la sortie de l’album, à la Pastèque dans deux ans.



lundi 23 août 2010

La Connaissance dans le Jello

Pour ma documentation visuelle, j’utilise le plus souvent Internet, comme tout le monde. Mais il m’arrive aussi de puiser dans ma boîte aux trésors et mes souvenirs personnels.

Quand j’étais petit, on trouvait en prime dans les paquets de Jello des jetons à collectionner. Il y a eu une série sur les joueurs de hockey, une autre sur l’histoire de l’aviation et une autre sur l’automobile.

Nous étions sans doute de grands consommateurs de Jello, car j’avais amassé ne collection assez importante de jetons (sans doute la seule chose que j’ai jamais collectionnée). Je ne sais pas ce que sont devenus les joueurs de hockey (ça vaudrait sans doute une fortune aujourd’hui), mais j’ai conservé les avions et les voitures, qui me servent encore aujourd’hui.

Les séries étaient classées chronologiquement, les jetons rouges correspondant à la décennie 1910-1919, celle qui m’intéresse pour L’Amérique ou le Disparu. Les modèles représentés dans la BD correspondent à peu près, mais ne sont pas des répliques exactes de modèles en particulier. Je ne suis pas maniaque à ce point.



lundi 16 août 2010

Rien à cirer

Je n’ai pas l’habitude de perdre mon temps à discuter de choses qui ne m’intéressent pas, mais je fais aujourd’hui une exception. J’ai vu au cinéma la bande-annonce de Resident Evil :afterlife. Je n’irai certainement pas voir le film.

Ça ressemble à un gros jeu vidéo pour adolescents attardés et à un catalogue d’effets 3D. Et le 3D, j’en ai rien à cirer. Je ne vais pas jouer au prophète et affirmer de façon catégorique que c’est une bébelle sans avenir. On a dit la même chose du téléphone, de l’automobile, du cinéma, de la télévision et de l’ordinateur personnel. Sauf que le 3D, ça fait depuis les années 50 qu’on essaie de nous l’imposer. Alors...

Si vous êtes en mal de sensations fortes, allez à la Ronde. Moi, les films bourrés d’action et d’effets spectaculaires, ça m’endort la plupart du temps. Ce n’est pas un préjugé d’intello, c’est physiologique. Ça me déprime un peu de voir que le cinéma va de plus en plus dans cette direction et que tant de gens embarquent (on pourrait dire la même chose de la BD, mais c’est un autre débat). Il me semble qu’on régresse. Question d’âge et de génération ? Peut-être.

Toutes mes excuses à ceux qui aiment ça, ce ne sont pas tous des abrutis. Allez-y si ça vous chante. Ce n’est pas là qu’on va se rencontrer.

Sauf que ce serait bien si personne n’allait voir le film. On verrait peut-être un peu moins de Resident Evil et un peu plus de bons films. Mais je rêve...