dimanche 17 juin 2012

Résultats du concours


 Le concours est terminé. Il s’agissait de produire une case encrée et/ou colorée, dans le style de son choix, à partir du crayonné ci-dessus. Il n’y aura eu, en tout et partout, que trois participants. C’est moins que ce que j’aurais espéré, mais je n’ai aucun regret, car les trois contributions sont vraiment excellentes. Félicitations à tous les trois.


Pour commencer, la version envoyée par Étienne Laroche.
Le dessin est rendu fidèlement, même si c’est assez différent de ma propre version, le but de l’exercice étant de toute façon de faire autre chose qu’une copie conforme. On est évidemment assez loin de la ligne claire, l’encrage n’est peut-être pas impeccable, mais peu importe, c’est la couleur qui fait le gros du travail et elle le fait de belle façon, avec son ambiance frénétique de nuit chaude et ses éclairages appuyés. Il y a beaucoup de blanc, mais l’effet nocturne est quand même bien rendu. Un peu chaotique mais, comme il s’agit d’une scène d’émeute, c’est dans le ton.

Pour voir le travail d’Étienne : http://lerocher.deviantart.com/gallery/



 La version de Franck Formantin est visiblement plus soignée, plus précise. Il a représenté la scène en plein jour, alors que j’avais prévu une scène nocturne, ce qui change un peu l’ambiance. Les modelés dans la couleur sont très travaillés et tout à fait remarquables, encore plus si on zoome sur l’image. Mais, pour cette raison, l’encrage, très net et très ligne claire, paraît presque superflu. J’ai une petite réserve quant aux décors tracés à la règle, qui me paraissent un peu schématiques. Par contre, les gueules grimaçantes des personnages ont beaucoup d’effet.
On remarquera le petit clin d’œil dans l’image, sans doute destiné à amadouer le jury. Bon ... Je dois reconnaître que la présence de Red Ketchup, bien qu’anachronique, convient bien à la scène.

On peut aussi voir le travail de Franck sur Deviantart : http://happycalamari.deviantart.com/



Dans sa version, Jean-Philippe Perreault a fait le pari audacieux de travailler en noir et blanc pur (à l'exception des petits flous à peine perceptibles autour des lampadaires) Il s'en tire avec beaucoup de style et d'élégance. Quelle force expressive dans ces clairs-obscurs ! Quelle recherche dans les contrastes !
Détail curieux : le candidat Lobter a une moustache sur la première affiche et n’en a pas sur la deuxième. Peccadille sans conséquence, puisque c’est à cette version que j’ai décidé d’accorder la palme du vainqueur.
BRAVO JIPI ! (applaudissements).

On peut visiter son blog à l’adresse :
http://jipiman.blogspot.ca/

Pour terminer, une version hors-concours : celle qui apparaîtra dans l’album. Celle-là, je ne la commente pas


samedi 9 juin 2012

Happy Ending ?


Comment aurait dû se terminer le roman inachevé «L’Amérique»? Kafka a toujours laissé planer le doute quant à son dénouement final, laissant entendre tour à tour que son héros Karl Rossmann trouverait enfin au Théâtre de la Nature d’Oklahoma une profession, la liberté, un soutien et sa famille, ou au contraire qu’il finirait ses jours ignominieusement, exécuté comme un criminel (comme plus tard Joseph K. dans «Le Procès»).
Je n’ai pas l’intention de trancher et de donner une réponse dans mon adaptation. Je peux cependant, tout en laissant la question ouverte, chercher des pistes et avancer des hypothèses.
On pourrait imaginer que Karl est déjà mort dans ce dernier chapitre, le Théâtre de la Nature devenant ainsi une allégorie de l’au-delà. Le fait que les candidats à l’embauche soient accueillis à l’entrée par des anges jouant de la trompette, comme au Jugement Dernier, a une portée symbolique évidente.

    
Mais il y a d’autres indices, plus subtils, d’autres allusions macabres. À un moment donné, on montre aux nouveaux employés une série de photos du Théâtre. L’une d’entre elles représente la loge présidentielle, que Kafka décrit avec précision. La loge est décorée de portraits d’anciens présidents. L’un d’entre eux a «... un nez extraordinairement droit, des lèvres épaisses et des yeux fixes sous des paupières retombantes.», description qui semble bien s’appliquer à Abraham Lincoln.
Or, on sait que Lincoln est mort assassiné au théâtre, dans la loge présidentielle, justement. Pour cette raison, j’ai choisi, m’inspirant pour cela de documents d’époque, de représenter la scène quelques secondes avant l’assassinat, au moment où John Wilkes Booth, debout derrière le Président, s’apprête à sortir son arme. L’image peut paraître anodine au premier coup d’œil, mais la Mort plane...


Le nom du théâtre, maintenant. Pourquoi diable le plus grand théâtre du Monde irait-il se loger en Oklahoma, petit état rural et reculé du Sud ?
Il est vrai qu’avec Kafka, on n’en est pas à une invraisemblance près. Il semble que l’idée lui soit venue à la lecture d’un article dans un magazine, article intitulé «Idyl in Oklahoma», titre tristement ironique, puisqu’on y relatait une séance de lynchage en Oklahoma.
On sait que la chose était relativement courante à l’époque dans les états du Sud et que les condamnés étaient presque toujours des Noirs. Il en est question dans la chanson «Strange Fruit», interprétée de façon bouleversante par la grande Billie Holiday.



http://www.youtube.com/watch?v=wHGAMjwr_j8&feature=related

Pour en revenir à notre histoire, on se souviendra peut-être que Karl Rossmann le paria, l’éternel exclu, dépouillé de son identité après avoir dégringolé l’échelle sociale, s’est engagé au Théâtre de la Nature sous le nom de «Negro», ce qui pourrait laisser entendre que ce serait lui, le lynché de l’Idylle en Oklahoma.
Je l’ai donc représenté ainsi. Comme il s’agit d’une image purement hypothétique, ne faisant pas partie du récit comme tel, elle ne fera pas partie de l’album. Tout de même, ça m’a fait un drôle d’effet de le dessiner mort.


lundi 28 mai 2012

Un Concours !



Pour marquer la fin prochaine de l’album, j’ai décidé de lancer un petit concours. Il s’agit d’encrer et de finaliser la case que l’on voit ici sous forme de crayonné. Le résultat final peut être en noir et blanc, en tons de gris, en bichromie ou en couleur. Le but n’étant pas nécessairement d’imiter ma propre manière, le style et la technique sont à la discrétion des participants.
Pour votre information, la case originale mesure 14,5 cm sur 10,7 cm. Le format est irrégulier, c’est voulu. La scène est censée se dérouler le soir. On peut répartir à sa guise les masses noires et les ombres.
Les soumissions seront acceptées jusqu’au 15 juin 2012. Les présenter sous forme de fichiers TIFF, à 300dpi (format original) minimum et envoyer à l’adresse :
Ceux qui préfèrent poster un original communiquent avec moi.


Pour plus de commodité, on peut travailler à partir de la version en bleu ci-dessus.

À gagner ? Un dessin original, peut-être une planche, peut-être un simple petit dessin, tout dépendra du niveau de la compétition. On le fait avant tout pour l’honneur et pour l’amour de l’art. Les meilleures soumissions seront bien sûr affichées sur le blog.

Et puis, on ne sait jamais, quand je serai vieux, riche et perclus d’arthrite, j’aurai peut-être besoin de quelqu’un pour encrer mes pages ...

jeudi 24 mai 2012

Du côté de D.W.Griffith

On l’a vu, l’album se conclut alors que Karl trouve un emploi au «Grand Théâtre de la Nature d’Oklahoma», qui serait apparemment the biggest in the World. Cet improbable théâtre, situé au fin fond de l’Oklahoma, mais qui recrute sans cesse du personnel aux quatre coins du continent, est bien sûr une pure invention de Kafka. On peut y voir ce que l’on veut. Pour moi, c’est une allégorie de l’Amérique conquérante de l’époque, avec ses possibilités illimitées, ses immenses territoires encore à développer, mais aussi avec ses contradictions et ses tensions raciales. C’est un peu le «Buffalo Bill’s Wild West Show», c’est un peu le cirque Barnum, c’est Hollywood à ses débuts.
C’est ce que j’ai cherché à montrer à la page 156, où le fil du récit est suspendu pour faire place à un montage d’images diverses, destinées à donner aux nouveaux employés un aperçu de ce qu’est le Grand Théâtre de la Nature.
À propos d’Hollywood, j’ai inclus quelques références à l’œuvre de D.W. Griffith, pionnier du 7e Art, qui a réalisé il y a un siècle les premiers blockbusters hollywoodiens, dont le grandiose «Intolerance», film à message mégalomane s’étendant sur plusieurs époques, avec entre autres un épisode babylonien absolument délirant.

Il est aussi l’auteur de l’épique et controversé «Birth of a Nation», peut-être le premier chef-d’œuvre du cinéma, mais en même temps politiquement indéfendable. Dans le récit, situé autour de la Guerre de Sécession et qui adopte le point de vue sudiste, on fait l’apologie de la ségrégation raciale, en rendant hommage aux fondateurs du Kuklux Klan, rien de moins.
Curieusement, Griffith ne se voyait pas lui-même comme un raciste. On peut mettre ça sur le compte de l’époque, mais tout de même ... On a crucifié Hergé pour moins que ça.

mercredi 16 mai 2012

Accessoire de cinéma



J’ai dessiné il y a un bout de temps deux planches de BD pour les besoins d’un film intitulé Sweet Killing. C’est sorti en 1993. En gros, c’est l’histoire d’un type qui veut tuer sa femme. Comme le type est un fan de bande dessinée, il cherche l’inspiration dans des vieux crime comics.
C’est un pur exercice de style, à la façon des EC Comics, avec une petite touche Eisner. Rien à voir avec ma production normale, mais pas vilain. Je peux le dire avec un certain détachement, puisque ça date de plus de vingt ans.
Peu de gens ont vu le film (assez moyen d’ailleurs, en autant que je me souvienne), alors je montre ici une des deux pages.

vendredi 11 mai 2012

Petit à petit


Cette case, sans être la plus compliquée de l’album, était tout de même assez ardue à dessiner, d’autant plus que j’étais plus ou moins rouillé et que, quand je suis rouillé, c’est comme si je n’avais jamais dessiné de ma vie, comme s’il fallait tout reprendre à zéro.
Enfin, j’y suis arrivé. Plus que quatre pages à crayonner. Petit à petit, j’approche de la fin.

dimanche 22 avril 2012

Avant l'Apocalypse - prise deux


Sur les pages du blog (cf. 22 avril 2011), je parlais de ce projet que j’aimerais mener à terme quand j’en aurais fini avec L’Amérique ou le Disparu. Il ne s’agit pas d’une BD au sens propre, mais plutôt d’une série de grandes illustrations accompagnées de texte, décrivant, dans un style vaguement steampunk, une société de dinosaures victoriens, impitoyable, sclérosée et vouée à la destruction, vue à travers les yeux de la narratrice, une petite fille intelligente et quelque peu naïve.
Pour l’instant, j’y travaille de façon très occasionnelle. J’ai terminé une deuxième illustration, en version noir et blanc (la version finale est prévue en couleurs). Elle est censée paraître, comme la première, dans Plan B, la revue annuelle des étudiants en BD de l’UQO. Sauf qu’avec la crise étudiante actuelle, la publication risque d’être compromise, ou du moins retardée.
Je l’affiche donc ici. En ce Jour de la Terre, il me semble que c’est de circonstance.

À propos de l’album L’Amérique, j’aborde bientôt le dernier droit. Mais, avec toute l’agitation des dernières semaines, j’ai été plutôt improductif. Je donne signe de vie dès qu’il y a du nouveau, c’est promis.